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IA.llégorie de la Caverne

La semaine dernière, j'ai assisté deux jours durant au salon parisien "All for Content" et c'était tout à fait passionnant pour le Storyteller que je suis.
 

Sans surprise, l'IA a été particulièrement mise à l'honneur au cours des diverses conférences auxquelles j'assistais. Quelques règles d'or devenues indispensables en 2026 ont été rappelées, parmi lesquelles l'importance du GEO ou d'apprendre à composer avec cet outil sans rechigner. Après tout, nous entrons dans un nouveau paradigme, alors autant y aller à fond avant de se faire dépasser. Pas faux.
 

J'ai entendu des choses qui sonnaient juste à mes oreilles. Olivier Courtet, de PlayPlay, rappelait que 50% de la Gen Z se désabonne des comptes qui produisent du contenu générique et sur-produit. Que les quatre piliers du contenu qui fonctionne en 2026 sont : parler à ses clients plutôt que de leur vendre quelque chose, être immersif, ne pas être trop poli, et rester constant. Autrement dit : être humain, imparfait, reconnaissable.
 

Astrid Combe et Elise Casati, de BETC, enfonçaient le clou avec un chiffre qui m'a frappé : seulement 49% des utilisateurs adultes des réseaux sociaux postent, partagent ou commentent activement en 2026, contre 61% en 2024. Les gens scrollent mais ne participent plus. Leur conclusion était sans appel : le défi pour les marques n'est pas de créer plus de contenu, mais plus de connexion.
 

Dans ce contexte et inspiré par la panoplie d'experts présents sur ce salon, je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir cette image dans la tête : l'allégorie de la caverne. Je trouve que l'IA lui donne une résonance encore plus puissante qu'elle n'en a jamais eu.
 

Vous vous souvenez de l'image de Platon ? Celle de prisonniers enchaînés, contraints de regarder des ombres projetées sur un mur. Des ombres qui constituent le reflet d'une réalité toute autre à laquelle ils n'ont pas accès. Des ombres qui incarnent la seule réalité de leur quotidien et qui deviennent le sujet de leurs conversations, et même de leurs jeux.
 

Lorsqu'un des protagonistes est libéré et découvre la pente sinueuse derrière eux, le feu à l'origine des reflets, puis la présence du Soleil lui-même, il prend conscience de la cloche sous laquelle il avait vécu jusqu'à présent.
 

Lorsqu'il revient et annonce à ses comparses qu'une autre réalité existe au-delà de celle qui leur est projetée chaque jour, ceux-ci se moquent de la folie qui s'est emparée de lui lors de son séjour à l'extérieur. Ils raillent sa vue amoindrie : il est désormais moins habile qu'eux dans leurs jeux de clair-obscur. Il leur apparaît ravagé.
 

Cette image du IVe siècle n'est pas sans pertinence en 2026, où nous sommes au sens propre capables de reproduire la réalité. Nous vivons dans une sorte d'IA.llégorie de la caverne, à cela près que les ombres que nous regardons et commentons au quotidien sont finalement tout aussi attractives que la réalité elle-même. Attractives, bon marché, et surtout, pas besoin d'aller explorer la réalité. Ceux qui continuent de prôner l'art manuel comme Miyazaki ou qui sensibilisent sur les serveurs qui tournent à fond au détriment de l'environnement ont manifestement l'air dérangé.
 

Cet article n'est pas tant une critique de l'IA qu'un constat : je trouve que nous avons basculé dans une fascination qui nous rend, en quelque sorte, un peu moins inventifs que nous l'étions. Le mot fascination vient du latin fascinatio, signifiant "enchantement" ou "sortilège", dérivé du verbe fascinare, "ensorceler". Nous sommes aveuglés par la puissance de cette technologie au point d'oublier que la créativité ne repose pas sur des algorithmes, mais sur notre aptitude à nous faire confiance et à prendre le contre-pied de ce que tout le monde fait.
 

La preuve par l'exemple nous a d'ailleurs été donnée à All for Content. La publicité de Noël 2024 de Coca-Cola, entièrement générée par IA, a été un échec retentissant. Les consommateurs ont rejeté en masse ce que les équipes créatives avaient pourtant produit avec les outils les plus puissants du marché. Il manquait quelque chose d'inimitable. L'humanité. Le tremblement. L'imperfection qui touche.
 

Cela passe par le fait d'enlever ses chaînes et de se libérer, comme le premier prisonnier de l'allégorie. Retourner voir la réalité. Le vrai feu. La vraie pente sinueuse. Le vrai soleil.
 

L'authenticité.
L'artisanat.
Le brainstorming.
La créativité.

 

Construisez vous-même votre storyboard. Tout au plus confrontez-le ensuite à celui que vous propose l'IA.

Rédigez vous-même votre article LinkedIn. Vous avez bien sûr la possibilité de le recouper ensuite avec l'intelligence artificielle.

Gardez votre plume dans vos emails.

Ne remettez pas toute votre créativité dans les mains d'un algorithme.
 

Je terminerai en citant Madonna, dont le dernier album vient de paraître, une vraie gifle au sens noble du terme, qui casse avec l'impératif du single et propose un objet complet, magnifiquement construit :

"Aujourd'hui, pour décrocher un contrat avec une maison de disques, on regarde d'abord combien d'abonnés vous avez. Créer uniquement en fonction des algorithmes et de l'intelligence artificielle ne laisse aucune place à la prise de risque, alors que c'est précisément l'essence même de l'art."
Madonna, Vogue Italia, à l'occasion de la sortie de Confessions II.

Commentaires :

Mobyssey: Digital marketing Paris

19 août 2021

Un grand merci pour cette communication tout en légèreté, pleine d'humour et rendre à César ce qui lui appartient. Super article !

Hugo

11 déc. 2020

Bravo Lucas pour cet article qui a le mérite de remettre les Brand Content Manager à leur place, et à la bonne ;)

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